12 mai 2006

Andrée Lavieille (1887-1960)




Andrée Lavieille est née le 11 septembre 1887 à Paris, issue d’une famille d’artistes. Son père, Adrien Lavieille (1848-1920) était peintre paysagiste, mais a dû, à côté de son art, pour des raisons financières, exercer le métier de restaurateur et décorateur, dans lequel il fut d’ailleurs apprécié. Le père d’Adrien, Eugène Lavieille (1820-1889) avait été un peintre très connu, élève et ami de Camille Corot (1796-1875), et avait fait partie de l'École de Barbizon. La mère d’Andrée, Marie Adrien Lavieille, née Marie Petit (1852-1911), était peintre aussi, tournée en particulier vers les natures mortes et les portraits. Il faut également mentionner dans cette ascendance artistique : son grand-oncle, Jacques Adrien Lavieille (1818-1862), frère aîné d’Eugène Lavieille, un des meilleurs graveurs sur bois de son époque, et la fille d’Eugène Lavieille, Marie-Ernestine, (1852-1937), qui, comme son père, fût peintre, et se maria au sculpteur Charles Georges Ferville-Suan.

Andrée fût très tôt attirée par la peinture. Dès l’âge de 16 ans, elle reçoit une autorisation " à suivre les cours oraux, à étudier dans les galeries et à la bibliothèque de l'École des Beaux-Arts ". Elle entre en avril 1908 à l'École des Beaux-Arts dans l'atelier de Ferdinand Humbert, et obtient la même année le Certificat d'Aptitude à l'Enseignement du Dessin dans les Lycées et Collèges. L'année suivante, elle devient Élève titulaire de l'École des Beaux-Arts. La 1ère Seconde Médaille de Figure dessinée (antique) lui est décernée en mai 1909, puis viennent les premières mentions aux Expositions de fin d'année de l'École des Beaux-Arts en juillet 1909 et juillet 1910.
Elle est très éprouvée par la disparition le 13 mars 1911 de sa mère, à qui elle était très attachée. Cependant, sa vocation de peintre est désormais irrévocable. Elle reçoit en juin 1911 une carte de l'Administration Générale de l'Assistance Publique à Paris, l’autorisant " à dessiner et à peindre des aquarelles dans les hôpitaux et hospices ". Elle fait alors à l’hôpital Laennec des aquarelles particulièrement évocatrices, en vue de tableaux qui lui ont été commandés par l'hôpital (H. Cambon. Une jeune artiste peintre, Andrée Lavieille, à l'hôpital Laennec de Paris en 1911-1912. Revue de la Société Française d'Histoire des Hôpitaux, N° 135, septembre 2009, p. 77-82).
Elle est très attirée par les natures mortes, attirance qu’elle gardera toute sa vie, et dès 1911, elle expose au Salon des Artistes Français un premier tableau : Pommes cuites. Mais elle peint aussi l’intérieur de l’église de Courdemanche, non loin de Dreux (tableau exposé sous le titre Intérieur d’église (Eure) au Salon des Artistes Français de 1912), elle travaille en extérieur, et fait même une eau-forte d’une maison du pays, une " bourrine ", à Saint-Jean-de-Monts, en Vendée, où elle est accueillie en vacances en 1910 et 1911 par Auguste Lepère, peintre et graveur, ami de son père.

Sa vie est transformée par la rencontre de Paul Tuffrau, jeune normalien, avec qui elle se mariera le 17 août 1912. Dans un premier temps, le couple séjournera à Fontainebleau, dans une région où son grand-père Eugène Lavieille a peint, mais dès octobre 1912 il s’installera à Vendôme, où Paul a été nommé professeur au lycée. Andrée profitera du charme de la petite ville, de la nature dans la campagne vendômoise, pour réaliser différentes peintures à l’huile, où transparaissent ses qualités de peintre, son sens de la couleur, de la lumière, de l’équilibre des toiles…, mais également ses qualités humaines, de simplicité, de réserve, et aussi de fantaisie… Une excursion avec Paul en 1913 lui fait découvrir le pays basque, mais elle est rebutée par les montagnes, car elle a besoin d’espace…
Cette intimité vécue à deux dans leur appartement de Vendôme, au bord du Loir, est rompue par le déclenchement de la 1ère Guerre Mondiale. Paul doit partir le 8 août sur le front, sur lequel il restera toute la durée de la guerre. Le père d’Andrée la rejoindra à Vendôme, pour qu’elle ne soit pas seule au cours de ces années d’angoisse, et il restera auprès d’elle durant tout le conflit. Il décédera en février 1920 dans leur appartement à Chartres, où Paul Tuffrau a été nommé, après sa démobilisation, au lycée Marceau. Le séjour à Chartres durera 4 ans, puis la nomination en 1924 de Paul au lycée Saint-Louis (et plus tard au lycée Louis-le-Grand, et à l’École Polytechnique) les conduit à Paris, où ils habiteront désormais. Au cours de ces années, trois enfants leur naîtront, et Andrée réussira toute sa vie à concilier sa vie de mère consacrée à ses enfants, et celle de peintre… Car elle peint, ou dessine, toujours… Chez eux, ainsi à Chartres depuis une fenêtre de leur appartement leur très belle vue sur les flèches de la cathédrale (tableau exposé au Salon des Artistes Français de 1926 sous le titre : Province), ou des natures mortes : petits pots, faïences, compositions avec des fleurs ou des fruits… Les intérieurs de l’église de Lavardin, près de Vendôme (Salon des Artistes Français de 1920), ou de la cathédrale de Chartres (Salon des Artistes Français de 1921). À l’extérieur : un vieux pont du pays basque; en Bretagne - qu’elle découvre avec enchantement, que ce soit au Pouldu, près de Quimperlé, ou à la baie des Trépassés, la pointe du Raz -, la côte et la mer, mais aussi les petits chapelles bretonnes, les maisons blanches dans leurs champs colorés que coupent des murets de pierre, les chemins creux, l’animation des pardons de Sainte-Anne-la-Palud (carnet de croquis); en Gironde, à Plassac, lors de vacances dans la propriété qui vient du côté de la famille de Paul, et durant un séjour prolongé, et forcé durant la « Drôle de guerre » de 1939-1940, alors que Paul est de nouveau sur le front, les vignes, les maisons basses avec leurs toits de tuiles, le large fleuve; dans les Alpes, dont les montagnes l’oppressent, mais où elle est gagnée par l’ampleur des paysages, les grands plans…; en Italie, lors de vacances passées avec Paul à Venise…

Ses paysages sont, dans ses débuts, comme elle le reconnaît elle-même, des paysages natures mortes, en fait plutôt intimistes, ainsi à Vendôme. Toutefois, peu à peu, elle se tourne vers des paysages d’horizon, où s’expriment mieux son désir de liberté, d’espace, son caractère passionné, sous une grande réserve… Et cette évolution est particulièrement perceptible lorsqu’elle peint les côtes bretonnes… De façon parallèle, sa technique évolue. Initialement, elle fait des peintures à l’huile, avec même dans certains tableaux qui datent de 1910 (Intérieur d’église (Eure), Nature morte aux pommes cuites) une pâte abondante. Mais, plus tard, la matière de ses peintures devient moins épaisse, et surtout elle fait de plus en plus d’aquarelles. L’aquarelle lui permet plus de spontanéité, la possibilité d’être plus allusive, plus suggestive, et aussi plus de facilité de s’installer où elle le souhaite, devant un paysage qui lui parle... En outre, l’aquarelle c’est pour elle plus de clarté, plus de luminosité. En même temps, Andrée Lavieille va vers davantage de simplicité… Elle cherche désormais plutôt à traduire des émotions : L'artiste seul, par une interprétation qui ne sera même peut-être pas la vérité, peut pourtant saisir l'émotion et la faire partager aux autres, écrira-t-elle.
Ses carnets de croquis, ou de pochades, sont une mine de renseignements sur sa façon de saisir les paysages, les couleurs, ou des scènes, des personnages, dans des dessins où s’expriment son sens de l’observation, sa vivacité, mais aussi sa fantaisie.
Sa peinture reste imprégnée de « classicisme », en ce sens qu’elle est toujours figurative, très « équilibrée ». D’ailleurs, une de ses références est Chardin, tout au moins le Chardin des nature-mortes. Mais Andrée Lavieille s’est intéressée aussi aux peintres qui ont marqué son époque : Monet, Sisley, Marquet, Maurice Denis, voire Dufy ou Van Dongen, Marie Laurencin… et elle fait souvent référence aux uns et aux autres. Ainsi, lors d’un voyage en Italie : En route pour la ville par un large cours plein d'Yves Brayer. Impression rose qui est celle du pays tout entier ; ou en 1940, en Gironde : La lumière est exquise, et la route, entre les deux petits canaux pleins d'eau vive, éclairée par le soleil qui était dans notre dos, le gris des saules, les rouges orangés de certains bouquets de petits saules, et le ciel bleu mauvé, et les blancs lointains des maisons basses, étaient copiés sur Pissarro et Sisley, – tous les impressionnistes y étaient. Et sa peinture évolue avec le temps, pouvant se rapprocher de certains de ses contemporains, même si elle reste unique, ainsi des Fauves lorsqu’elle peint de grandes tâches de couleurs, en aplats, comme à Cocherel en 1941…
Andrée Lavieille a exposé différents tableaux, essentiellement au Salon des Artistes Français. Cependant, elle n’a jamais fait d’expositions personnelles, si bien que son œuvre n’a jusqu’à présent pas été réellement connue. En fait, Andrée n’a pas cherché qu’elle le soit. Elle peignait parce que c’était sa nature, son être, sans plus de raison…, parce qu’elle voyait tout en peintre…

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Tableaux présentés :
- Nature morte aux quatre pots, aquarelle (19 x 27 cm)
- Réfectoire du dispensaire Léon-Bourgeois, à l’hôpital Laennec (Paris), aquarelle (19 x 27 cm)
- 22, rue des Fossés-Saint-Jacques (Paris), aquarelle (28 x 23,7 cm)
- Vendôme, fauteuils devant le balcon, huile sur toile (59,5 x 48 cm)
- Chalet dans les Alpes, aquarelle (30,5 x 45 cm)
- Capucines (Kerzellec) (Le Pouldu), huile sur carton (31 x 44,5 cm)
- Terrasse de Castel Karreck (Le Pouldu), aquarelle (36 x 51 cm)
- Maisons bretonnes face à l’anse de Vorlen (près de la pointe du Van, Finistère), aquarelle (21 x 37 cm)
- Rochers de Keriolet (près de la pointe du Van, Finistère) (1937), aquarelle (25 x 36 cm)
- Nature morte à la soupière d'étain, aquarelle (24,5 x 31,5 cm)
- Fleurs devant le "Portail Royal" (à Plassac, en Gironde),
aquarelle (35,5 x 51,3 cm)
- Le Gué Turlure, à Cocherel (près de Pacy-sur-Eure), aquarelle (31,5 x 48 cm)
- Printemps à Plassac (en Gironde), aquarelle (22 x 29,3 cm)
- La Gardale (à Plassac, en Gironde), huile sur carton (49 x 63,5 cm)
Photographie d'Andrée Lavieille, en 1940
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Biographie d’Andrée Lavieille

1887 Naissance le 11 septembre d’Andrée Lavieille, issue du mariage d’Adrien Lavieille, et de Marie Petit.

1903 Autorisation " à suivre les cours oraux, à étudier dans les galeries et à la bibliothèque de l'École des Beaux-Arts ".

1908 Entrée en avril à l'École des Beaux-Arts dans l'atelier de Mr Humbert.
Certificat d'Aptitude à l'Enseignement du Dessin dans les Lycées et Collèges.

1909 Élève titulaire de l'École des Beaux-Arts.

1909-1910 Participation aux Expositions de fin d'année de l'École des Beaux-Arts (juillet).

1911 Décès de sa mère, le 13 mars.
Carte de l'Administration Générale de l'Assistance Publique à Paris, l’autorisant " à dessiner et à peindre des aquarelles dans les hôpitaux et hospices ".
Première exposition au Salon des Artistes Français : Pommes cuites.
Rencontre chez des amis de ses parents de son futur mari, Paul Tuffrau, jeune normalien.
Séjour durant l’été, comme l’année précédente, chez le peintre et graveur Auguste Lepère, ami de son père, à Saint-Jean-de-Monts, en Vendée.

1912 Mariage d’Andrée Lavieille et de Paul Tuffrau, le 17 août, à Paris.
Installation à Fontainebleau, jusqu’en octobre, puis à Vendôme, où Paul a été nommé professeur au lycée.

1913 Andrée peint à Vendôme et dans la campagne environnante.
Découverte durant les vacances du pays basque.

1914 Début de la 1ère Guerre Mondiale. Paul Tuffrau part le 8 août pour le front, où il restera toute la durée de la guerre. Le père d’Andrée rejoint à Vendôme sa fille, avec laquelle il restera pendant tout le conflit.

1919 Retour en mars de Paul Tuffrau, après sa démobilisation.
Départ à Chartres, où Paul Tuffrau est nommé au lycée Marceau.

1920 Décès de son père, le 5 février.

1924 Installation à Paris, en raison de la nomination de Paul Tuffrau au lycée Saint-Louis (et plus tard au Lycée Louis-le-Grand, et à l'École Polytechnique)

1931 Pendant l’été, séjour dans les Alpes.

1933 Premier voyage en Italie.

1936 Deuxième voyage en Italie (Venise, Chioggia).

1939-1940 Début de la 2ème Guerre Mondiale. Andrée va séjourner à Plassac, en Gironde, dans la maison familiale, avec leurs deux plus jeunes enfants, Paul et leur aîné étant sur le front.
Andrée peint à Plassac et dans les environs.

1943 Séjour dans les Pyrénées.

1944 Libération de Paris.

1948-1949 Séjours à Wissant, dans le Pas-de-Calais (derniers carnets de croquis).

1960 Décès à Paris le 14 mai.

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Œuvres dans des collections publiques



La Salle des Antiques à l'École des Beaux-Arts (1910, achat à l'artiste) (huile sur toile, 81 x 65 cm) : Musée Carnavalet (Paris)











Les Grands Sables, vus de la terrasse de Castel Karreck (peinture à l'huile, 58,5 x 71,5 cm) : Collections de la Municipalité de Clohars-Carnoët (29360) 







La côte de Guidel (aquarelle, 36 x 50,5 cm) : Collections de la Municipalité de Clohars-Carnoët (29360) 









Liste des expositions
1911 Salon des Artistes Français : Pommes cuites (1110) [1]
1911 Exposition dans l'atelier du peintre Ernest Dargent, dit Ernest Yan' Dargent (ou Ernest Yan' D'Argent), rue de la Chaise à Paris : Intérieur (peinture), Nature morte (peinture), Une bourrine en Vendée (peinture), Poteries vernissées (aquarelle), Nature morte (aquarelle)
1912 Salon des Artistes Français : Nature morte (1079), Intérieur d'église (Eure) (1080)
1912 Société Internationale des Aquarellistes. Exposition d'aquarelles : Les oignons (198), Poteries vernissées (199), Pot de grès (200), Nature morte (201), Bibelots (202)
1913 Salon des Artistes Français : Parc de Vaux-le-Vicomte (aquarelle) (2562)
1914 Salon des Artistes Français : Nature morte (1208)
1920 Salon des Artistes Français : L'église de Lavardin (Loir-et- Cher) (989)
1921 Salon des Artistes Français : Intérieur de la cathédrale de Chartres (1164)
1926 Salon des Artistes Français : Province (1140) [Flèches de la cathédrale de Chartres]
1927 Salon des Artistes Français : Nature morte - aquarelle [Un faisan] (2482)
1935 Salon des Artistes Français : Le port de Doëlan (Finistère) (1360), Capucines (1361)
1936 Salon des Artistes Français : Été à Kerzellec (1462), Hortensias (1463)
1938 Salon des Artistes Français : La fenêtre sur la mer (915)
1939 Salon des Artistes Français : Fin de saison, au Pouldu (1706)

1935 (ou 36 ou 37 ?) Exposition au Musée de Rennes : La maison de Stéphanie (171)

1945 Salon de la Marine : Marée de septembre au Pouldu (Bretagne) (376), Le port du Havre vu du cap de la Hève (377)
1946 Salon de la Marine : Barque de l'Adriatique (Chioggia) (388)

[1] Numéro du tableau au Salon.

2012 "Une femme peintre au Pouldu, Andrée Lavieille (1887-1960)". Galerie municipale La Longère, Clohars-Carnoët (Finistère). Exposition consacrée à Andrée Lavieille (catalogue publié aux éditions Lelivredart).

2013 "Femmes artistes en Bretagne (1850-1950)", musée du Faouët, exposition présentée du 29 juin au 13 octobre 2013 : Montée d'orage au Pouldu, Les glycines.
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Lieux où Andrée Lavieille a peint ou dessiné
Paris
Vaux-le-Vicomte
Saint-Jean-de-Monts
(en Vendée) (avant 1914)
Fontainebleau
Vendôme (1912-1919), et sa région (église de Lavardin)
Chartres (1920-1921)
Pays Basque (1913) et Pyrénées (1943)
Les Alpes (1931) (Saint-Nicolas-de-Véroce…)
Italie (1936) (Venise, Chioggia…)
Plassac (Gironde) (approximativement de 1936 à 1947)
Normandie :
Région du Bremien (au nord de Dreux, près de Nonancourt)
Étretat (1938, 1939)
Cap de la Hève, à Sainte-Adresse (1939)
Cocherel (près de Pacy-sur-Eure) (1941)
Bretagne :
Erquy (1922-1923)
Le Pouldu (au sud de Quimperlé), et environs (1924-1939)
Sainte-Anne-la-Palud (1937, 1938)
Région de la pointe du Raz, et de la baie des Trépassés (1937-1947)
Wissant
(Pas-de-Calais) (1948-1949)